interview

ossoexoticoIV.jpg (12454 octets)
osso exotico


DAVID MARANHA
OSSO EXOTICO


Philippe, Xavier avec Clément et David
Hasselt / mars 2001






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Opera210.jpg (17675 octets)
installation "opera para 4 vozes"
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A l’automne 2000, avec l’album "Circunscrita" - sorti sur le label suisse Namskeio et distribué en Belgique par (k-raa-k)3 - nous découvrions avec ravissement les drones hypnotiques de David Maranha. Une musique organique, énigmatique, presque chamanique jouant de la complémentarité sonore d’instruments chauds tels que le violon, l’harmonium, la contrebasse, l’orgue Hammond… Notre curiosité aiguisée, nous découvrions les autres disques du musicien portugais - compositions pour piano préparé, verres de cristal, orgues d’église ou orgues électriques – sortis sous son propre nom ou avec son groupe, Osso Exotico.
Début mars à Hasselt, David Maranha donnait un des concerts les plus impressionnants du festival (k-raa-k)3 : un entêtant duo d’orgues électriques, continuum sonore de 42 minutes, entre l’orage magnétique et la musique de transe. Quelques minutes plus tard, nous en profitions pour lui poser quelques questions.


- Ma première question était simplement de savoir quelle différence vous établissez entre Osso Exotico et David Maranha vu qu’il y a régulièrement les mêmes participants sur des disques sortis sous les deux noms différents.
David Maranha: Osso Exotico a été fondé par Bernardo Devlin, Antonio Forte - un batteur-, mon frère (André Maranha) et moi. Après quelques années Bernardo s’est mis a jouer sa propre musique et nous avons continué sous le même nom avec d’autres personnes. En fait quand je commence une composition je décide assez vite si elle est plutôt pour Osso Exotico ou pour moi.

- Pour Osso Exotico, vous travaillez plutôt comme un groupe, au sens "rock" du terme, où les morceaux naissent au cours de répétitions ou plutôt comme des compositeurs qui apportent des compositions toutes faites aux autres membres du groupe ?
On ne répète pas beaucoup! (rires) Généralement, quelqu’un a une idée, essaye d’abord de la développer seul puis la soumet aux autres en leur laissant de la place pour leurs apports. Les autres l’aident à finir, à peaufiner la musique. Il y a comme un compositeur pour chaque morceau mais cela ne veut pas dire que le reste du groupe n’intervient pas. Je crois qu’on entend les différentes personnalités quand on écoute attentivement nos disques et je trouve ça plutôt positif de sortir des musiques assez différentes sous un même nom. Cela ne me pose pas de problèmes.

- Et quand vous jouez en concert un morceau considéré comme fini, continue-t-il à évoluer ou est-il plutôt figé ?
Déjà, quand on compose on ne se préoccupe pas vraiment de savoir si le morceau pourra être joué live ou pas. C’est une des raisons qui expliquent pourquoi on ne donne pas trop de concerts. Généralement, on se met plutôt à préparer un concert lorsqu’on en reçoit la proposition. On n’essaye pas d’adapter des musiques existantes. Ca nous intéresse plus de commencer à zéro, tant pour un concert que pour un disque. On a toujours travaillé comme ça… Jusqu’ici.

- Avant de commencer le groupe, avez-vous suivi des cours de musique, de solfège, une académie?
Non, pas du tout. Ni moi, ni aucun des autres membres qui ont travaillé avec Osso Exotico. Moi j’ai juste eu quelques leçons particulières de violon. J’ai acheté quelques livres à propos de l’écriture musicale, des partitions, etc… Mais je les ai décortiqué tout seul.

- Et vous faisiez déjà de la musique ensemble ton frère et toi, lorsque vous étiez enfants ou adolescents?
Non, j’ai plutôt commencé à jouer de la musique avec Bernardo. On a eu plein de groupes quand on avait quinze / seize ans.
Bernardo : Des groupes de lycée !
David : Mon frère avait des activités plutôt non-musicales! Il nous a rejoint en 1989 quand on a pris le nom Osso Exotico.

- Vous utilisez des instruments très différents et des sons très contrastés, allant de verres frottés aux orgues d’église. Comment approchez vous cette diversité d’instruments ?
Ce n’est jamais une approche motivée par la technique. C’est plutôt le plaisir d’expérimenter des sons très différents. Souvent il s’agit de trouver le son qui se rapproche le plus possible de celui que nous cherchons pour une nouvelle composition. Dans le cas des orgues ["Osso Exotico VI - Church Organ Works" / Sonoris], ca venait d’une proposition, d’une opportunité. Cela permettait d’essayer de nouvelles idées, de se motiver à composer de nouvelles pièces. Malgré tout, malgré cette diversité, je crois que les auditeurs reconnaissent la musique comme étant la nôtre.

- Souvent les instruments ne sont pas immédiatement reconnaissables. Par exemple si on fait un "blind test" avec "Piano supenso" [Sonoris], il n’est pas évident que les auditeurs reconnaissent le piano comme étant la source sonore…
Je préfère quand même que les sons soient reconnaissables. Je ne suis pas un fan des effets et des traitements sonores. Dans le cas de "Piano suspenso", plus qu’un disque de piano, c’est un disque où des moteurs produisent des sortes de drones en faisant vibrer des cordes de piano. Ce n’est pas du piano orthodoxe.

- Je trouve quand même que sur "Circunscrita" [Namskeio], les sons produits par les différents instruments se fondent un peu les uns dans les autres. Ils sont très proches et interfèrent. A certains moments, ils ont leur propre identité mais parfois il ne sont plus qu’un élément d’une sorte de collectivité sonore. L’instrument particulier a l’air de s’effacer au profit du son global.
Pour moi, les instruments que j’utilise sont très importants. C’est un choix réfléchi, ils ne sont pas interchangeables. Mais c’est vrai que sur ce disque les timbres sont très similaires et qu’il y a ce va-et-vient entre similitude et distinction.

- Sur la pochette du disque il est conseillé de l’écouter à très haut volume sonore.
Ca dépend des musiques mais des pièces comme "Circunscrita" ou celle que nous avons proposée aujourd’hui doivent être jouées très fort pour vraiment se révéler entièrement. Il y a un point idéal. En même temps, si le son est vraiment trop fort, il y a trop de distorsion et on ne distingue plus certains éléments qui demandent à l’être.

- A l’opposé, on trouve sur votre site la présentation d’ "Opera para 4 vozes", une très belle installation sonore qui utilise une section de tronc d’arbre, de l’eau et des woofers soumis à des sons à très bas volume…
Bien que les médias ne soient pas les mêmes, je ne pense pas vraiment les installations différemment des compositions. L’installation que tu mentionnes a été présentée à New York, dans le loft de Phill Niblock, grâce au soutien de deux fondations portugaises. La question du volume est assez simple : à fort volume, les membranes des haut-parleurs vibrent trop intensément et projettent l’eau à 20 ou 30 cm au dessus de la surface du rondin. Ce n’était pas l’effet que je recherchais. Je voulais que ça soit plus doux, qu’il n’y ait qu’une petite oscillation à la surface de l’eau. Il y avait aussi un spot qui éclairait la surface de l’eau et qui se reflétait sur un mur. Je voulais qu’on puisse voir la projection de ces ondulations.

- Dans tes installations tu sembles souvent combiner le son et l’image. Pour "Espelho", tu utilisais la projection vidéo…
C’est une installation assez simple que j’ai présentée à Paris en 1999, je crois. Comme "Opera", elle utilise aussi en un woofer posé horizontalement qui fait vibrer une surface d’eau. L’image d’une corde de piano est projetée à la surface de l’eau. Quand la corde est percutée, son image disparaît parce que le son produit fait vibrer l’eau via le haut-parleur. Après quelques minutes, l’eau revient à son état d’équilibre et l’image de la corde redevient visible.

- Je reviens à tes disques. Sont-ils plutôt enregistrés live ou comportent-ils du travail de montage ou de mixage en studio ?
Les disques ont toujours été enregistrés en studio. J’ai mon propre studio à la maison. Jusqu’ici on enregistrait sur un Tascam 8 pistes mais depuis peu on enregistre directement au moyen de l’ordinateur. Mais j’utilise l’ordinateur de manière assez rudimentaire, presque comme un enregistreur, sans beaucoup d’effets. Il y a des compositions qui ne peuvent être jouées live, par exemple par le fait que je devrais jouer simultanément plusieurs voix de leur partition.

- Le morceau que vous avez joué aujourd’hui me rappelait "Four Organs" de Steve Reich.
J’aime beaucoup ce morceau mais je crois qu’il y a quand même des différences dans le processus de composition et dans les sons utilisés. Ma composition est pas mal basée sur la distorsion alors que celle de "Four Organs" est plus cristalline.

- Quels sont les musiciens qui t’ont profondément marqué, qui ont changé par leurs disques ou leurs concerts ta manière d’appréhender la musique ?
Je n’ai pas envie de citer des noms. Je n’écoutais pas la même chose quand j’avais seize ans qu’il y a deux ans. Ca va du jazz à la musique contemporaine, au rock… Peut-être qu’aujourd’hui je réécoute plus ce que j’écoutais adolescent ! (rires) Mais savoir quels musiciens j’aime n’aidera en rien le lecteur à écouter ma musique. Beaucoup de gens me disent qu’ils trouvent ma musique proche de celle de Tony Conrad. C’est vrai que j’aime bien ce qu’il fait mais il y a tant de choses musicales et non musicales (dans les arts plastiques par exemple) qui, consciemment ou non, interviennent... Je n’en sais pas grand chose moi-même.


Interview par Philippe & Xavier (avec Clément & David) / Hasselt / Mars 2001

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