| interview Roc = Spy
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Il faut aimer les animaux. On l'entend dire souvent, malgré que peu de gens soient capables dexpliquer clairement pourquoi. Que font-ils donc, ces animaux, pour que lon doive les aimer autant? Et bien, parfois, il arrive quils créent des labels. Des tout petits labels aux idées pertinentes et aux résultats étonnants. Ce fut le cas dans le foyer de Anna Ramos et Roc Jiménez, à Barcelone, en 1997. Leur chatte, nommée Alku, créa un label qui débuta avec une sobre carte postale, mais qui allait par la suite se lancer dans des projets bien plus farfelus, de lédition dune série de microcassettes (oui, ces petites cassettes de la taille d une boîte dallumettes) à la récente publication du CD 7cm "Regards" de laméricain Woobly (quatorze morceaux et une trentaine de genres musicaux en moins de vingt minutes, vous voyez le style). Et qui, logiquement, héberge aussi les créations dAnna et Roc: déjà deux CDs 7cm sous le nom dEvol et un comme Opopop, qui, sajoutant à leurs apparitions sur dautres structures de pointe (Mego, Falsch, Diskono et Mínim, notamment) leur ont apporté la reconnaissance internationale de leur talent de vrais fils de Pita. Remarqués au Sónar 2001, sous le nom artistique de a+r, pour leur mix de pur bruit, de hardcore, de petits bruits expérimentaux, de Ween, de Ween et encore de Ween, le couple porte-parole dAlku sexprime sur lart, lhumour, la politique et les petites bêtes.- Vu de loin (cest-à-dire de Bruxelles), Barcelone (et lEspagne en général) sont plus connues pour le fait dhéberger le festival Sonar ou quelques stars finlandaises (Pan Sonic) que pour ses propres musiciens électroniques. Quen est-il vraiment ? Y a-t-il une scène locale intéressante en matière de musiques électroniques ou expérimentales ? Nulle part dans le monde, il n'y a de scène locale très forte autour de la musique expérimentale, même si parfois la presse insiste pour vendre l'idée contraire. Dans certains pays qui disposent déjà dun certain background, comme les États-Unis ou l'Allemagne, le développement d'une scène est plus facile. Mais cela reste en tout cas des phénomènes isolés, il n'existe pas de scènes locales très remarquables. Ce qui pourrait bien exister est une scène globale, dans laquelle nous nous connaissons tous plus ou moins, au sein de laquelle on reste en contact, collaborant assez fréquemment les uns avec les autres. - De Alku, la mascotte de votre label, à " Various chinchillas ",
le titre de votre prochain album sur Mego, en passant par cette histoire de rat sur la
compilation Lucky Kitchen, vous semblez obsédés par les rongeurs
Doù vient
cette monomanie ? - Cette histoire racontée dans le morceau Wasitatratisaw (sur la
compilation "I Love Fantasy" de Lucky kitchen) est autobiographique ?
Cest vous le couple de Barcelonais en vacances en Inde ? - Comment ça se fait que Alku décida un jour de fonder un label ? Nous sommes devenus un peu plus agressifs, plus hooligans. Pas musicalement, mais certainement pour l'attitude. Nos apparitions live vont de plus en plus dans la direction du spectacle, dans le sens que nous aimerions surprendre le public au-delà du plan strictement musical. Les concerts qui fonctionnent le mieux sont ceux qui combinent spectacle et qualité musicale. Comme nous ne sommes pas aussi géniaux et extrovertis que Felix Kubin, nous cherchons à créer notre propre langage visuel à nous. Et, depuis que Perkele a commencé à ronger les meubles de ma maison, nous devenons de plus en plus hooligans. Du point de vue musical nous avons aussi mûri, bien sûr, ou "évolué", plus exactement. Nous sommes arrivés à des conclusions très importantes pour nous, comme celle selon laquelle on ne peut pas retenir l'attention d'un individu pendant une longue période de temps, raison pour laquelle nos concerts ne dépassent pas, en général, les 15 minutes, ou celle selon laquelle partager des clins d'il musicaux avec le public est très effectif et, surtout, très amusant. On intègre de plus en plus d'éléments communs à nos vies et à celles du public, avec l'objectif de générer des sourires. L'éventail de possibilités est très large, cela peut aller du son d'erreur d'un Mac à une cornemuse quand on est en Ecosse. Perkele adore les vertes prairies d'Ecosse. Il a vu les photos et, si nous ne les avions pas retirées à temps, il les aurait dévorées. - Il y a aussi cette photo " In memoriam / Iannis" sur votre
site : un vieux monsieur avec un hamster (cobaye ?) sur la tête. Dabord
je croyais que cétait le compositeur grec Iannis Xenakis mais la date de mort ne
correspond pas
Iannis est le nom de lanimal ? - Que ce soit en finlandais (alku), en espagnol (principio) ou en anglais (beginning),
toutes vos sorties sont cataloguées comme un commencement. Vous considérez quun
label doit à chaque fois sortir un disque comme si cétait son premier ? - Lhumour a lair très important dans ce que vous faites. Cest une
réaction au côté parfois très froid et excessivement sérieux des musiques dites
" émergeantes " (" On est lavant-garde / On fait de
lArt
" ) ? - Dans vos notes dintention, vous parlez aussi de " mess around w/
as many sound storage supports available " : le fait de proposer du
papier (alku 1), des CD-R, des microcassettes, cest une manière de privilégier le
lo-fi et lartisanal sur le high-tech et la production industrielle? - Vous sentez vous proches par ce côté artisanal et quantitativement limité de
certains activistes du " mail art " ? - Tant dans le projet " Temps afegit " (sous-titré
" Concierto para 2 ordenadores al borde del colapso ") que dans
certaines petits axiomes des microcassettes alku (" Las computadoras con
defectos siempre funcionarán correctamente en presencia de un técnico "),
vous semblez être en plein dans la critique de la technologie
Comment voyez-vous
les rapports entre lhomme et la machine, en musique et / ou dans dautres
domaines ? - La compilation " Tributo to T. Russel, inventor del Compact
Disc " contient-elle aussi ce genre dattitude critique vis-à-vis de la
technologie ou bien êtes vous plutôt des admirateurs de linventeur du CD ? - Sur une compilation comme " El formato is the challenge ", il y a
une série de stars ou de starlettes internationales (Felix Kubin, Chicks on speed, Kit
Clayton, Erik Minkinnen
) mais le projet fait que leurs contributions sont
méconnaissables. La base du projet de microcassettes " a/vm " est
lanonymat
Vous croyez que les musiciens gagnent à seffacer derrière
leur musique ? - Et quelles sont les règles du jeu de la compilation " X + Y =
XY " : on devine quil sagit de collaborations entre musiciens
[déjà confirmés: Francisco Lopez, Pimmon, Discom] mais
Plus précisément
- Pour linstallation " Sitio " au Sonar 1999, vous enfermiez
un auditeur à la fois dans une chambre découte. Linstallation
" Ping-pong " que vous préparez va-t-elle être aussi
" totalitaire " ? - Vous écoutez du hardcore engagé (Fugazi)
Par ailleurs, les gens de et
autour de Mego et de la scène autrichienne de musique expérimentale sont à la pointe du
combat anti-fasciste mais cet engagement ne passe pas par la musique. Croyez-vous que la
musique électronique puisse être politique ou engagée ? Est-ce souhaitable
quelle le soit ? Par quels canaux (sons / paroles / pochettes / manières de
travailler /
) ce contenu politique peut-il éventuellement passer ? - Quels sont vos prochains projets de tourné internationale? Allez-vous proposer des
sets du label, ou bien des concerts d'Evol? Interview par Gloria et Philippe |