interview

Aix_em_klemm.jpg (9481 octets)


AIX EM KLEMM
Brussels, Texas


Gloria
Hasselt / mars 2001







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kahanek.gif (15990 octets)
pochette du split 12" Labradford /
Stars of the Lid (Trance Syndicate)





 


























Aix Em Klemm est un duo formé par Adam Wiltzie, de Stars of the Lid, et Bob Donne, de Labradford. Deux représentants, donc, de cette musique étirée aux ambiances calmes que le label Kranky de Chicago affectionne tant. C'est sur Kranky qu'ils ont publié leur premier disque, "Aix Em Klemm" (2000) où l'on retrouve, en toute logique, des mélodies lentes et paresseuses, des rythmes discrets, des samples épars et un petit peu de basse résiduelle. Avec, en plus, quelques débris de chansons qui rappellent que Wiltzie, dans son temps libre, a aussi collaboré avec des groupes juste un rien plus animés, comme Bedhead et Windsor for the Derby. Lui et Donne s'étaient connus grâce à une tournée européenne de Labradford pour laquelle le membre de Stars of the Lid officiait en tant qu'ingénieur du son. C'est aussi en Europe qu’a eu lieu le premier concert d'Aix Em Klemm : au festival (k-raa-k)3 à Hasselt (Belgique). Et c'est ce jour là que la nouvelle est tombée: Witlzie venait de quitter Austin – Texas – pour s'installer à Bruxelles ! Ni plus, ni moins.

- brdf : Pourquoi as-tu décidé de quitter les États Unis?

Adam Wiltzie: Je viens juste d’avoir 30 ans. J’avais vraiment besoin de faire quelque chose de différent. Moi, je suis originaire de New York. C’est là que je suis né, c’est là que j’ai grandi. Plus tard j’ai déménagé au Texas, pour aller à l’université. J’ai trouvé un job là-bas, et donc j’y suis resté. J’y ai travaillé pendant beaucoup – trop - de temps. Comme je suis ingénieur du son, je partais très souvent avec des groupes en tournée : c’était pas mal, mais, quand même, un jour j’en ai eu marre. Je me suis dit fuck it, et je suis parti.

- Mais pourquoi avoir choisi Bruxelles? Pourquoi pas Londres, par exemple?

AW: J’ai toujours aimé Bruxelles. Londres, c’est pas mal, mais c’est trop cher et en plus on y parle anglais, ce que je ne peux plus supporter. Bruxelles, c’est mieux, surtout parce que c'est une ville située au centre de l’Europe. Si j’habitais en Espagne, cela me prendrais un temps fou pour me rendre en Scandinavie, par exemple. Et en plus, à Bruxelles, tout le monde parle le français, qui est ma langue favorite.

- Tu avais un studio chez toi au Texas, n’est-ce pas?

AW: Oui, à la maison. Maintenant il est à Bruxelles. J’ai simplement emballé toutes mes affaires et je les ai envoyées à Bruxelles !

- As-tu prévu d’enregistrer des groupes ici?

AW: Oh, j’aimerais bien, oui. Si quelqu’un veut de mes services. Mais malheureusement je crois que personne ne sait qui je suis. Peut-être toi, mais pas les gens, en général. Pourtant j’ai travaillé avec pas mal de musiciens, même avec The Flaming Lips.

- Ton déménagement ne devrait pas trop affecter Aix Em Klemm, puisque Bob et toi vous habitiez déjà très loin l’un de l’autre, lui en Virginie et toi au Texas, à Austin.

AW: En effet. Et cela ne va non plus affecter les Stars Of the Lid, pour qui je continue à travailler aussi. Il y a un triple LP / double CD qui va sortir bientôt.

- J’ai lu que vous avez commencé à composer "Aix Em Klemm" par voie postale.

AW: Oui, nous nous échangions des cassettes. En réalité, je connais Bob depuis des années. Aix Em Klem c’était son idée, c’est lui qui a dit un jour: "pourquoi on ferait pas un disque ensemble?". Après il y a eu le disque de remix, qui a été aussi fait par la poste. [un 12" sur Trance Syndicate, où Labradford retravaille les Stars of The Lid pour donner naissance à un titre appelé Texas, Stars Of The Lid retravaille Labradford pour en faire Virginia]. Le remix par Labradford, c’est lui qui l'a fait tout seul. Les autres musiciens de Labradford habitent dans d’autres villes et lui ont délégué le travail. Et notre remix, c’est moi tout seul, parce que l’autre membre de Stars of the Lid habite dans une autre ville et n’a absolument rien pu faire pour ce projet. Cela n’a pas de sens, mais bon, ça c’est passé comme ça. Alors, bon, Bob et moi nous sommes devenus très copains. Et là tout et venu très facilement : c’était juste une question de faire de la musique entre copains. On a un peu discuté tout en nous envoyant des cassettes, et l’enregistrement lui-même ne nous a pris qu’une semaine. Maintenant nous avons tous les deux des super ordinateurs, des Macintosh, et tout est encore plus facile.

- Vous aimez jouer live?

AW: Oui, oui, on aime bien. Seulement, pour nous, avec la musique qu'on fait, ce n’est pas évident. Au Texas, par exemple, le gens ne nous laisseraient pas jouer. Austin en particulier est une ville très conservatrice. Il y a beaucoup de musique partout, mais c’est du rock’n’roll, du blues, Stevie Ray Vaughn et des choses dans le style. Si on jouait là-bas, on se ferait jeter des bouteilles. Ca fait des années que Stars of The Lid n'y joue plus. On préfère carrément partir jouer ailleurs.

- Vous avez fait des études de philosophie. S’agit-il d’une source d’inspiration pour vous? The Pilot Ships, l'autre projet né de Stars Of The Lid, a par exemple écrit une chanson qui s’appelle Deleuze.

AW: Oui, mais rien à voir avec Gilles Deleuze. Cette chanson-là des Pilot Ships se nomme Deleuze parce que c’est le nom de la femme de Brian : elle s'appelle Deleuze. Quant à nous, non, on ne peut pas dire que la philosophie soit une influence. C’est vrai que nous sommes des excentriques, que nous aimons lire, discuter les idées et des choses comme ça. Mais notre inspiration majeure, c’est la musique de film. Les bandes sonores, c’est ça ce que j’aime écouter. Et mon seul objectif est de faire de la musique qui soit calme. Faire quelque chose de relaxant. Jamais une musique rapide : voilà ce qui me rend heureux. On peut penser que je suis quelqu’un de dépressif, mais ce n’est pas vrai.

- Non, justement, ce que je trouve intéressant dans votre musique, c’est qu’elle n’est jamais sombre. Beaucoup de groupes qui font de la musique lente et instrumentale tendent vers les ambiances grises, voire noires, mais pas vous. Chez vous il y a toujours quelque chose d’aimable, de réconfortant. Comme ça se fait?

AW: Je ne sais pas. Ce que je sais c’est que je ne sors pas n’importe quel enregistrement. Je m’acharne sur chaque morceau. J'y travaille des heures et des heures, je l'écoute et le réécoute encore et encore. Et si, pendant que j’y travaille, il m’arrive de m’endormir alors je le mets de côté. C’est mon critère ultime: les morceaux qui sont capables de m’endormir, ne seront jamais écoutés par d’autres.

- Il paraît que vous aimez aussi la techno.

AW: Ah, ça c’est Bob, surtout. Moi, j’aime bien Vladislav Delay, mais je n’arrive pas à aller beaucoup plus loin. J’apprécie aussi Jeff Mills, je le trouve intense, mais ça va quand même un peu trop vite pour moi.
Bob Donne: Oui, moi j’adore Jeff Mills.

- Pour danser?
BD: Pour écouter. Et pour danser, quand je bois.

- Est-ce que chacun de vous apporte quelque chose de particulier au groupe?

BD: Non, je ne crois pas. C’est ça ce qui me plait le plus dans Aix Em Klemm pour l’instant: qu’il n’y ait pas de rôles définis.

- Comment vis-tu le fait de jouer à distance? Tu ne le vois pas comme une limitation?

BD: Si, pour moi c’en est une. Peut-être que dans le futur nous serons plus compétents dans l’utilisation de l'ordinateur, mais de toute façon, moi, pour jouer avec quelqu’un, je préfère qu’on soit dans la même pièce. J’aime qu’on puisse se voir, sortir boire un verre, se raconter des blagues. Tout ça, ça aide, ça facilite la communication. C’est un peu comme le téléphone: pour parler un peu c’est pas mal, mais, si tu veux vraiment dire quelque chose à quelqu’un, c’est mieux de se voir, d'être proches l'un de l'autre. En règle générale, en tout cas.

Interview par Gloria / Hasselt / Mars 2001
[
Gloria écrit aussi - en espagnol - pour le webzine Popchild]

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