chronique
DIVERS(1):
"MW3"
France-Grande-Bretagne-Belgique
livre + CD / 18
titres / 57 min
(Aencrages,
2000)
PASCAL COMELADE
+ ROBERT WYATT:
"SEPTEMBER SONG"
France-Grande-Bretagne
CD / 7 titres /
19 min
(Les disques du
soleil et de l'acier,
2000)
(1) entre autres, en plus des musiciens cités dans la
chronique: JEAN-MARC MONTERA, DOMINIQUE GRIMAUD, AN PIERLE, JEAN-FRANCOIS PAUVROS, CHRIS
CUTLER, TONY BUCK, L'ENSEMBLE RAYE, JAGGERNAUT...
Aencrages
5, place du Vieux Gérardmer
88400
Gérardmer |
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La musique de Robert Wyatt prodigue des tours de force,
ses combinaisons insolites et inattendues constituent son grand attrait. Elle peut à la
fois évoquer les douces mélodies de Brian Wilson et se rallier aux constructions
rythmiques du free jazz. Wyatt peut appeler à la révolte tout en fredonnant rêveusement
comme un lutin malicieux
Il arrive à nous émouvoir avec des détails presque
insignifiants: un accord inattendu au piano ou des soupirs légers et subtils.
Aujourdhui un grand nombre de musiciens citent son nom comme une de leurs sources
dinspiration. Ce ne fut donc pas une surprise de voir apparaître chez quelques
libraires et disquaires un livre / disque en son hommage.
Dhabitude ce genre dalbums dédiés à luvre de nimporte
quelle gloire des vieux jours - ou de jours pas si lointains - servent à des propos
philistins: celui de remplacer lédition dune stérile et redondante
anthologie des grands succès ou, pire encore celui de stimuler les ventes des disques,
chemisettes ou briquets des groupes qui y participent. Il va sans dire que le cas qui nous
occupe est très différent. On observe que cet objet artisanal publié à 300 exemplaires
est avant tout luvre dun passionné, dun vrai enthousiaste.
Illustrateur, compilateur, traducteur et joueur attitré du piano de la rue de Vergennes,
Jean Michel Marchetti nous offre les paroles dune quinzaine de chansons de Wyatt en
anglais (souvent dans leur version manuscrite par Wyatt lui-même) accompagnées de leurs
traductions françaises (superbement composées en linotypie) et très soigneusement
illustrées par les encres de Marchetti. Dans ces textes chaque période du parcours de
lauteur de " Rock Bottom " est représenté, le pataphysicien (2), le libertaire,
lobservateur Tchékhovien
Les musiciens qui participent à cette anthologie
proviennent de divers horizons et leurs adaptations de la musique de Wyatt savèrent
parfois très audacieuses, on pourrait citer le Caroline transmuté dans les
feux électroniques de Julien Fellmann et Julien Goetz. Ou Dominique Répécaud avec un Born
Again Cretin défiguré et bruitiste, qui nous rappelle lesprit de la reprise de
(I Cant Get No) Satisfaction par les Residents. Finalement nous
citerons les musiciens qui donnent à leurs adaptations des airs qui sinspirent de
musiques folkloriques européennes ou latino-américaines (3): Klimperei, Richard Robert, Gilles
Tordjman ou Pascal Comelade.
De tous les exégètes français de la production de Rober Wyatt, Pascal Comelade est un
des plus admiratifs. Nous gardons en mémoire sa très fine reprise de O Caroline
sur "El Primitivismo" et encore plus ses mots enthousiastes et érudits
dans ses articles pour Revue et Corrigée. La participation de Wyatt au tout dernier
effort discographique de Pascal Comelade nous a donc paru un évènement heureux. Leur
approche de la création musicale est si différente que le résultat dune telle
collaboration ne pouvait être que très singulier. Ici, comme le nom de lalbum
lindique, ils reprennent le September Song de Kurt Weill. On entend la voix
de Wyatt parcourir la chanson avec une cadence de promeneur, entre la litanie et la
mélancolie de la journée dautomne que les paroles décrivent. Comelade soutien le
chant en tapotant, en pianotant ses jouets comme les battements du cur des dormeurs
qui attendent leur rêves.
David / août 2001
(2) Et puisquon mentionne la science des solutions imaginaires, on ne peut
que sétonner de labsence de la date de naissance du leader du groupe officiel
du collège de pataphysique dans le célèbre calendrier perpétuel. Il ne reste
quà espérer que le 3 Gueules jour du saint Anthropoïde, le policier, sera, un de
ces jours, remplacé par lanniversaire du très grand satrape Wyatt.
(3) La musique de lAmérique latine et celle de Robert Wyatt ont plus de
points en commun que Caimanera ou la reprise de Te Recuerdo Amanda de Victor
Jara. Nous pensons plutôt à quelques coïncidences épatantes comme ce prédécesseur
cubain de Wyatt, le pianiste Bola De Nieve, dont la compilation: " Las Grandes
canciones del genial artista Cubano " (Producción Nuevos Medios) est disponible
en Europe. |