chronique BRANDON LABELLE "TECHNE" USA Album / 6 plages / 42 min (A bruit secret, 2001) |
Le Californien Brandon Labelle - à ne pas confondre avec l'Ecossais Brian Lavelle qui expérimente lui aussi les sons extrêmes et collabore parfois avec Richard Youngs - apporte ici sa pierre à l'édifice du laboratoire sonore de première classe que constitue la série des CDs du label A bruit secret. Las des micros de contact nous offre le résultat de ses récentes recherches en ce quon pourrait appeler une "phénoménologie sonore de l'espace". En effet, sa spécialité est l'étude de l'interaction sonore du corps humain avec son milieu ambiant à l'aide de micros de contact directement appliqués à l'organisme. Ceux-ci amplifient les sons microscopiques qu'il perçoit et qu'il produit. Le résultat est assez saisissant. Sur un précédent disque, le très réussi "The Opening Of The Field" avec Steve Roden, on avait été séduit par l'emprise de cette musique minimaliste sur le lieu dans lequel en tant qu'auditeur on vaquait à ses occupations quotidiennes, la musique venant se confondre avec la vie pour ne plus faire qu'un avec lespace habité. Musique-architecture? Le spectre de Xénakis n'est pas loin, la rigueur et la foi en moins. Contrairement au disque précité, "Techné" a peut-être trop la faculté de retenir l'attention de l'auditeur, ce qui dérobe cette musique du vide d'une partie de sa magie. Les sonorités sont certes perçues par l'auditeur à un niveau physique mais microscopique: micro-physique. La réaction aux sons semble ne pas s'effectuer au niveau des muscles mais au niveau des neurones de l'auditeur. Ce voyage sonore dans l'infiniment petit se transforme ainsi trop vite en une sorte de gymnastique du cerveau. Et à lécole, jai toujours été nul en gymnastique. La musique a tendance à se faire trop peu discrète pour que sinstalle son charme naturel, elle semble élaborée selon une méthode qui prend peut-être un peu trop le pas sur le contenu. Dans pareils cas, il relève plutôt de l'auditeur à apprendre à employer sa disposition cérébrale à quitter le laboratoire froid et austère afin d'être séduit dans son propre environnement par les sons des "1: chaise / 2: autoroute / 3: pied / 4: façade / 5: conduit / 6: colline", lieux et milieux d'enregistrements des sons conceptualisés sur ce disque. Adrien / janvier 2002 |