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"RIEN"
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L'année 2000 serait-elle celle de la rencontre entre les "musiques de table" (échantillonnage, platinisme, informatique... ) et la guitare, instrument fortement connoté comme d'arrière-garde? En l'espace de deux ou trois mois, deux albums passionnants explorent cette voie et jouent la carte de la contamination croisée de l'organique et du digital. Avant qu'il y a quelques jours, je découvre avec ravissement le CD-R d'Andy Moor et de Kaffe Mathews j'avais écouté et réécouté de manière particulièrement intense cette rencontre entre Noël Akchoté à la guitare, Erik Minkkinen (de Sister Iodine, Discom et büro) à l'ordinateur et Andrew Sharpley (de Stock, Hausen & Walkman) aux sampleur et platines. RIEN se présente comme "un voyage, un road movie ainsi qu'une bande-son". Mais, il s'agit alors d'un voyage intérieur, de la bande son d'une exploration intime, d'un road movie qui troquerait les "highway" américaines et les "autobahnen" allemandes pour une déambulation psycho-physiologique dans les veines et artères de nos organismes. Les rythmes lents, la maîtrise des dérives et des transitions floues, les paysages brumeux et sous exposés du trio poussent à l'introspection et à la méditation. Des sentiments plutôt sereins et apaisés qui tranchent avec la série d'impératifs plutôt tranchants (Gifle, Pleure, Mords, Hurle) qui font office de titres de morceaux. Un décalage qui se retrouve d'ailleurs dans le titre de l'album lui-même: rarement le rien n'a été aussi prenant, aussi fécond, aussi inspirant et réconfortant. Si absence il y a, il ne s'agit que de l'absence d'effets et d'esbroufe. Les musiciens sont très en retrait de leur musique. Très souvent - à part les cordes résonantes au début de Cesse ou la mélodie de Pousse, par exemple - il est très difficile de distinguer précisément les sources sonores; le "Qui fait quoi?" devient une question totalement saugrenue dans un tel contexte. Après l'écoute répétée de ce disque, on se retrouve avec l'impression très forte et très rare qu'il y a ici plus de musique que sur les autres disques, y compris que sur d'autres disques qu'on affectionne beaucoup. Et "Rien" reste aussi un grand album parce qu'il offre beaucoup en se dévoilant peu, en gardant beaucoup de son mystère. La photo de Daido Moriyama qui orne l'arrière de la très belle pochette (typique du label Winter & Winter) fait écho à cette énigme: cinq poteaux d'éclairage hantent une nuit légèrement brumeuse comme autant de créatures étranges et longiformes. "Rien" ne cherche à ne rien nous dire mais nous parle tellement. Philippe / octobre 2000 |